OMD3: Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes
Etat des lieux
La Mauritanie a réalisé des progrès remarquables dans deux domaines-clefs, sources de fortes discriminations : l'éducation et l'accès à la vie politique. Par contre, la situation demeure très préoccupante en matière de participation à la vie économique, ainsi que des violences à l'égard des femmes et leurs droits fondamentaux.
1.1. L'éducation :
Selon les données du Ministère de l'éducation nationale (MEN), la parité filles/garçons a été atteinte dans l'enseignement fondamental en 2000/2001. Depuis lors, le taux brut de scolarisation (TBS) est plus élevé pour les filles. Ceci est confirmé par l'EPCV (et par l'enquête MICS 2007), qui montre qu'en 2008 comme en 2004, le TBS des filles dépasse celui des garçons de 5 points.
Indicateurs :
1990
1992
1997
2000
2001
2003
2007
2008
Rapport filles/garçons dans l'enseignement primaire
0,72
0,80
0,91
0,92
0,92
0,93
1,10
1,02
Taux d'alphabétisation des femmes de 15 à 24 ans par rapport aux hommes (en %)
Dans l'enseignement secondaire, le rapport filles/garçons reste défavorable aux filles. L'écart qui était de 4 points en 2004 est demeuré au même niveau en 2008 (32,8% contre 28,4% selon l'EPCV 2008). Dans l'enseignement supérieur, la participation des filles demeure encore faible : elles représentaient un peu moins de 25 % des effectifs en 2008/2009, contre,il est vrai, 13 % en 1991/1992. Le taux d'alphabétisation illustre une forte discrimination à l'égard des femmes. Pour la population adulte (15 ans et +), 70% des hommes étaient alphabétisés en 2008 (EPCV), contre 54 % des femmes. Pour la classe d'âge 15-24 ans, la différence hommes/femmes est restée identique (10 points) en 2008 par rapport à 2004.
1.2.L'accès aux responsabilités politiques :
En matière de représentation politique, une étape importante a été franchie à la faveur de l'adoption en juillet 2006 d'une loi organique relative à la promotion de l'implication des femmes dans le processus de décision. Cette loi impose un quota minimum de 20% pour la représentation des femmes sur chaque liste municipale et législative. La proportion de sièges occupés par des femmes au Parlement a ainsi atteint 18% en 2007, contre 0% en 1992 et 4% en 2003. C'est au niveau des conseils municipaux que les progrès ont été les plus importants : 30% des conseillers municipaux sont aujourd'hui (2010) des femmes. Au cours de la décennie 1980, il y avait tout au plus une femme ministre, souvent chargée de la « condition féminine ». Au cours des deux dernières décennies et au gré des circonstances, le nombre a été porté à 3 ou 4 femmes sur 25 ou 26 membres du gouvernement, soit une moyenne de l'ordre de 15%. Par ailleurs, depuis 2007, les postes du commandement (Gouverneur, préfet) et de la diplomatie (Ambassadeur) ont été, pour la première fois, ouverts aux femmes. Le gouvernement actuel (2010) est composé de 26 membres dont 5 femmes et une 6ème qui a rang de ministre, soit environ 20%.
1.3. La situation économique des femmes :
Les taux d'activité illustrent une forte disparité selon le genre : chez les 15 et 65 ans, il est de 74,6% pour la population masculine, contre 34,4% pour les femmes (EPCV 2008). Cet écart ne reflète nullement un plus faible niveau d'activités des femmes, mais leur implication dans des tâches quotidiennes, notamment su sein du ménage, qui ne sont pas comptabilisées et ne donnent pas lieu à rémunération. Concernant l'emploi, l'analyse des données de l'EPCV 2008 montre que 35,6% des emplois féminins relèvent du secteur du commerce, 15,5% des autres services marchands et 13,1% de l'agriculture. La situation a évolué favorablement dans la fonction publique : Les femmes représentaient 23% des effectifs en 1998 (contre 5% à la fin de la décennie 1960), et 34,1 % en 2008 Mais, il est vrai que le taux de représentation des femmes dans la fonction publique demeure particulièrement faible dans la catégorie A (10%), et élevé dans la catégorie C (82%). Le niveau global de chômage, estimé en 2008 (EPCV) à 31,2%, est nettement plus répandu chez les femmes (44%) que chez les hommes (23,9%). Cette discrimination est particulièrement plus nette pour les jeunes.
1.4. Les violences à l'égard des femmes et les droits fondamentaux des femmes :
La Mauritanie a ratifié en 2000 la convention internationale pour l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDEF). Par ailleurs, un Code du Statut Personnel (CSP) a été adopté en 2001. Le pays a en outre adhéré à divers textes juridiques internationaux et régionaux qui protègent les droits des femmes. Ces progrès n'ont pas mis fin à diverses formes de violence à l'égard des femmes mauritaniennes, dont l'existence est désormais reconnue, à savoir l'excision (qui touche 72% des femmes) ; le mariage précoce (19% des femmes ont été mariées avant l'âge de 15 ans et 43% avant 18 ans) ; le gavage (selon l'EDSM – 2000, 20% des mères ont gavé leurs filles ou ont l'intention de le faire ; cette pratique est cependant en recul) ; et les violences à caractère sexuel.
Orientations stratégiques et pistes d'actions
Pour faire face aux discriminations persistantes en matière de genre, le Gouvernement mauritanien entend engager un dialogue permanent avec tous les acteurs en vue d'avoir un réel consensus au plan conceptuel, programmatique et sur le traitement institutionnel des questions de Genre. A cet effet, les objectifs en matière de Genre dans le cadre des orientations sectorielles pour la formulation du plan d'action 2011-2015 du Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté visent : (i) la promotion des droits humains ; (ii) le renforcement de l'accès des femmes à l'éducation et à la formation; (iii) le renforcement du pouvoir économique des femmes; (iv) la mise en œuvre de la SNIG ; et (v) l'habilitation des femmes au niveau de la prise de décision