La situation de la pauvreté en Mauritanie est caractérisée par une tendance continue à la baisse de l'incidence de la pauvreté qui est passée de 56,6% en 1990, à 51% en 2000 et 42% en 2008. Néanmoins, le nombre des pauvres a continué à s'accroître sous l'effet combiné de la croissance démographique (estimée à 2,4%) et du niveau relativement faible de la croissance économique qui a le plus concerné des secteurs peu profitables aux pauvres.
La baisse de l'incidence de pauvreté enregistrée sur la période 1990-2008 correspond à une réduction annuelle moyenne d'environ 0,8% sur 18 ans, avec un rythme plus soutenu à partir de 2000. Malgré cette tendance positive, l'OMD1 fait partie de ceux dont la cible sera difficilement réalisée par la Mauritanie en 2015. Pour atteindre cet objectif en 2015, il faudrait réduire la pauvreté de près de 2% au moins par an à partir de la situation de 2008, ce qui semble hors de portée si l'on se réfère aux tendances passées. Même si l'on venait à retenir l'hypothèse d'une réduction de la pauvreté basée sur le rythme observé entre 2004 et 2008 (moyenne annuelle d'environ 1,2%), près de 34% de la population sera en dessous du seuil de pauvreté en 2015.
En matière d'emplois , bien que les données disponibles ne permettent pas d'apprécier de manière complète la situation, elles indiquent une régression du taux d'activité, une faible progression de l'emploi salarié formel, une forte domination de l'emploi informel et une accentuation du chômage. Parallèlement à la prédominance de l'emploi informel, synonyme de sous-emploi et n'offrant pas de protection sociale, on note une accentuation du chômage qui est passé de 21,3% en 1995 à 28,9% en 2000, puis 32,5% en 2004, avant de diminuer légèrement pour se situer à 31,2% en 2008. Cette situation globale cache d'importantes disparités selon le genre, l'âge, le milieu de résidence et les wilayas.
La prévalence de la malnutrition (insuffisance pondérale) chez les enfants de moins de 5 ans est passée de 45% en 1990 à 30,2% en 2004 et 39,4% en 2008. Toutefois, l'enquête MICS de 2007 avait établi un taux de 29,8%, soit une légère diminution par rapport au niveau de 2004. On remarque des variations très marquées selon la saison et la région. Les prévalences très élevées (supérieures à 30%) stagnent, voir se dégradent, dans certaines régions (Sud, Sud-est et Centre), tandis qu'elles s'améliorent de façon continue (avec moins de 21% de prévalence) dans d'autres (Nouakchott, Nord et Trarza).
Orientations stratégiques et pistes d'actions
Lutte contre la pauvreté : Le processus d'élaboration de la troisième phase du CSLP pour la période 2011-2015 (CSLP III) actuellement en cours constitue une opportunité pour mettre l'accent sur les réformes indispensables à la réduction de la pauvreté. Il conviendrait à cet effet de mettre l'accent sur (i ) une amélioration sensible de la gouvernance et de l'efficacité des politiques publiques permettant de renforcer les capacités nationales de mobilisation et d'absorption des ressources financières, (ii) fonder le CSLP III sur les leçons tirées des précédents plans d'actions, notamment en matière de ciblage effectif des pauvres, en donnant une priorité réelle au monde rural qui abrite l'essentiel des pauvres du pays par la promotion d'emplois durables en milieu rural, pour garantir l'effet redistributif indispensable pour que la croissance économique impacte sur la réduction de la pauvreté, (iii) renforcer la dimension régionale et sectorielle du CSLP par des stratégies sectorielles et régionales spécifiques qui complètent la stratégie globale sur la base des particularités régionales.
Promotion de l'emploi décent : Au plan plus opérationnel, un lien clair et solide doit être établi entre la croissance économique et la création d'emploi pour s'assurer que les orientations retenues se traduisent concrètement par la création d'emplois durables et décents. Pour ce faire, il est nécessaire d'élaborer une stratégie en la matière, basée sur des données fiables et à jour, permettant de prendre en compte les potentialités régionales et sectorielles.
Lutte contre la malnutrition : Pour lutter contre l'insécurité alimentaire, le gouvernement prévoit d'élaborer une stratégie nationale de sécurité alimentaire. Cette stratégie permettra de mener en faveur des populations vulnérables des actions coordonnées de lutte contre l'insécurité alimentaire et la malnutrition, d'intégration progressive dans de nouveaux circuits économiques et d'amélioration des infrastructures sociales.
En outre la Mauritanie, qui dispose de plusieurs outils stratégiques dont l'Initiative REACH " Elimination de la Faim et de la malnutrition chez l'enfant ", doit porter l'attention vers la réduction des disparités régionales, en construisant son action sur des modèles existants et connues.